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L'ORGANIGRAMME
D'UNE ENTREPRISE N'EST PAS UNE PYRAMIDE, MEME INVERSEE. C'EST PLUTOT UN
SABLIER !
Félix BOGLIOLO
Demandez à n'importe
quel dirigeant d'entreprise de votre entourage de vous tracer l'organigramme
du Groupe dans lequel il exerce ses talents. A de rares exceptions qu'il
serait utile que vous félicitiez, ce dirigeant tracera un schéma
semblable à la figure 1 : une organisation dite pyramidale (à
tort car elle est plutôt triangulaire), où le PDG est au
sommet d'une hiérarchie très marquée.
Quelques dirigeants ont eu l'idée d'ajouter à cet organigramme
l'interface avec le monde extérieur, à savoir le client.
Voulant marquer l'importance de ce dernier élément, ils
ont renversé la pyramide, comme dans la figure 2, pour montrer
que l'entreprise est au service de ses clients.
Ceci constitue un progrès dans la conception de l'entreprise. Mais
ce n'est pas l'essentiel.
Rares sont ceux qui vous traceront l'organigramme réel de toute
entreprise, la figure 3.
L'organigramme d'une entreprise n'est pas une pyramide, même inversée
: c'est un sablier !
Considérer l'entreprise comme un sablier engendre une vision extrêmement
productive, car ce sablier permet d'expliquer les relations entre les
deux facteurs de production qui existent en Economie : le Capital et le
Travail ou le Travail et le Capital, ainsi que les flux les reliant.
Dans l'entreprise-sablier, le PDG n'est pas le dirigeant suprême
: au-dessus de lui se trouvent le conseil d'administration, l'assemblée
des actionnaires ainsi que les actionnaires eux-mêmes. Le PDG se
situe ainsi au confluent des deux facteurs de production.
Le Capital est extérieur à l'entreprise mais ce n'est que
dans elle qu'il peut déverser son épargne pour en recevoir
des revenus. Le Travail est intérieur à l'entreprise mais
il ne peut exercer ses talents que s'il reçoit en gestion les capitaux
des investisseurs qu'il doit rémunérer via l'obtention d'un
rendement adéquat sur les capitaux investis. Les deux facteurs
de production ont bien besoin l'un de l'autre pour exister et se nourrir
mutuellement.
C'est cette relation bi-univoque qui constitue la réalité
de l'entreprise : un aller-retour permanent de flux, et non seulement
de flux monétaires mais aussi de flux d'information. Un sablier
n'a pas de haut ni de bas : il fonctionne dans les deux sens. Ainsi en
va-t-il de l'entreprise !
Le Capital indique au Travail ce qui doit être fait avec son épargne.
Il ne le fait pas de manière très directive, hormis peut-être
au niveau très restreint du Conseil d'Administration. Il indique
seulement quel est le niveau minimum de rentabilité qu'il attend
comme juste rémunération de son épargne compte tenu
du risque qu'il prend en l'investissant. En termes académiques,
c'est ce qu'on appelle le coût du Capital.
Malheureusement, cette indication n'est pas explicite. Elle est seulement
implicite via les marchés des capitaux. Il faut des analyses statistiques
assez puissantes basées sur les concepts les plus avancés
de la Finance moderne pour déterminer ce coût du Capital.
Cependant force est de constater que, depuis une trentaine d'années,
n'importe qui peut disposer assez aisément d'une évaluation
assez précise de son coût du Capital et de son évolution
dans le temps. En tout état de cause, cette indication est suffisante
pour les besoins pratiques d'une entreprise et de sa gestion.
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En retour le Capital attend
du Travail des comptes clairs afin qu'il soit en mesure de calculer la
rentabilité obtenue par l'entreprise sur son épargne, et
ce non seulement de manière rétrospective mais surtout prospective.
Ainsi, le Capital peut déterminer, sur les marchés des capitaux,
la valeur de son épargne. Ce mécanisme économique
est fort semblable à celui qui régit la valeur des obligations,
Si le rendement du Capital est supérieur à son coût,
la valeur de l'épargne est supérieure à sa valeur
nominale (celle investie à l'origine). Dans ce cas, il y aura création
de richesse. C'est le concept qu'a popularisé depuis plus de trois
ans L'EXPANSION avec les classements réalisés par l'auteur
avec STERN STEWART & Co. : MVA ou Market Value Added. Effectivement,
la MVA ou création de richesse intéresse le Capital au plus
haut point.
Mais, la MVA est un concept qui n'est facilement mesurable que pour les
sociétés cotées.
De plus, elle n'est mesurable qu'à l'échelon global d'un
groupe consolidé. Ce n'est donc un concept parlant que pour le
PDG qui en a effectivement la responsabilité globale. La MVA ne
représente pas grand chose pour toute personne d'un échelon
inférieur.
Enfin, la MVA est un concept externe à l'entreprise. La MVA n'intéresse
donc que le Capital. C'est pour cela que nous l'avons située ainsi
dans notre image du sablier.
Comment passer alors à un concept interne à l'entreprise
qui puisse lui servir de guide opérationnel à tous ses niveaux
? C'est là qu'intervient la relation évoquée précédemment
entre la rentabilité et le coût du Capital. En effet, nous
l'avons vu, c'est elle qui est le moteur de la création de richesse.
C'est pour cela que depuis des lustres le monde académique a défini
le concept de profit économique (residual income) que ce même
cabinet américain appelle EVA® (Economic Value Added® :
Résultat Opérationnel moins Charge liée à
l'utilisation du Capital Investi calculée au Coût du Capital).
C'est parce que le profit économique incorpore la rémunération
du Capital qu'il peut être considérée comme un véritable
profit. Améliorer ce profit économique revient en effet
à améliorer la productivité globale de l'entreprise
sur l'ensemble de ses deux facteurs de production, après tous les
effets possibles de substitution de l'un sur l'autre.
Le profit économique génère donc la MVA : le profit
économique, produit à l'intérieur de l'entreprise,
est la source de la création de richesse extérieure à
l'entreprise.
Tous les éléments constitutifs du profit économique
sont bien internes à l'entreprise et il est bien dans le pouvoir
du Travail d'en faire évoluer dans le bon sens tous les constituants.
Le Travail peut augmenter les produits, il peut diminuer les charges,
il peut être économe du Capital investi.
Le profit économique est du ressort du Travail. C'est pour cela
que nous l'avons situé ainsi dans notre image du sablier.
Envisager l'entreprise sous forme d'un sablier permet de bien apprécier
ses performances et sa communication en interface avec le monde extérieur.
Notre image du sablier : une boutade superficielle ! Allons donc : Vive
l'entreprise-sablier !
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