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CREATION
DE VALEUR VS. INTERET SOCIAL DE L'ENTREPRISE
Félix BOGLIOLO
Pour traiter de ce sujet,
il est nécessaire que je revienne, une fois encore, au fondement
de ce qu'est une entreprise.
Des investisseurs ont confié leur épargne en gestion à
des dirigeants afin que ces derniers l'investissent dans des projets offrant
des perspectives intéressantes pour les premiers. Ce n'est qu'à
cette condition que les premiers ont accepté de courir le risque
de se dessaisir de leur épargne. Voilà la vraie nature économique
d'une entreprise !
Cette définition d'une entreprise expose clairement la relation
de mandat existant entre des mandants-investisseurs et des mandataires-dirigeants.
L'objet du mandat est la gestion par ces derniers de l'épargne
des premiers. Le but du mandat est de faire fructifier la dite épargne.
Rendre des comptes revient donc pour les dirigeants à expliquer
quelle a été la Création de Valeur qu'ils ont ajoutée
aux capitaux qui leur ont été confiés en gestion
par les investisseurs. Contrôler 'leurs' dirigeants revient donc
pour les investisseurs à mesurer cette Création de Valeur.
La finalité unique de l'entreprise est donc bien la Création
de Valeur !
D'aucuns affirment que cette finalité, pour importante qu'elle
soit, n'est pas la seule. Selon les tenants de cette 'autre vision de
la firme', l'entreprise, une fois constituée, en tant que personnalité
morale indépendante de ses actionnaires, aurait à considérer,
aussi et peut-être même avant tout, d'autres parties prenantes
: clients, fournisseurs, personnel, société en général,
... Cette thèse de l'intérêt social de l'entreprise
a été reprise à son compte par le premier rapport
Viénot. Tout semble indiquer que le deuxième rapport continuera
sur la même lancée en dépit du fameux : errare humanum
est, perseverare diabolicum
Il ne rentre pas dans ma philosophie de mépriser ces autres parties.
Cependant, je suis de l'opinion que la satisfaction réelle et à
long terme de ces autres parties passe, avant toute autre considération,
par la performance économique de l'entreprise. La satisfaction
de ces autres parties ne sont que des moyens d'aboutir à la finalité
de l'entreprise. Il ne faut pas confondre fin et moyens : la fin est unique,
les moyens sont multiples.
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En effet, quel type d'entreprise
offrira le plus de satisfaction à ses clients : celle qui sera
toujours là pour assurer son service après-vente ou celle
qui aura disparu entre-temps ? Quel type d'entreprise aura tendance à
réduire ses dépenses de recherche et développement,
synonymes de nouveaux produits ou de produits meilleurs et moins chers
: une entreprise en bonne santé ou bien une entreprise en difficulté
?
Avec quel type d'entreprise un fournisseur arrivera-t-il à développer
un partenariat satisfaisant : avec une entreprise non rentable ou bien
avec une entreprise performante ?
Dans quel type d'entreprise trouvera-t-on les plus graves problèmes
d'hygiène et de sécurité : dans une entreprise créatrice
de valeur ou bien dans une entreprise destructrice de valeur ? Dans quel
type d'entreprise, le personnel prendra-t-il le plus de plaisir à
travailler : dans une entreprise in malis ou bien dans une entreprise
saine ?
Quel type d'entreprise sera le plus respectueux de l'environnement ou
d'une certaine éthique professionnelle : une entreprise en perte
ou une entreprise profitable ?
Au niveau macroéconomique, les études menées dans
différents pays tendent d'ailleurs à montrer qu'il existe
une corrélation très forte entre le niveau d'emploi d'un
pays et la Création de Valeur des entreprises de ce pays. Plus
les entreprises sont performantes et moins il y a de chômage : résultat
contraire à la croyance populaire !
Cette énumération devrait suffire au lecteur pour comprendre
que, bien évidemment, le manque de respect pour les investisseurs
va de pair avec un manque de respect pour les clients, les fournisseurs,
le personnel ou la société en général. Réciproquement,
l'intérêt bien compris des investisseurs impose que leur
respect s'accompagne aussi du respect des clients, des fournisseurs, du
personnel et de la société.
La Création de Valeur est donc non seulement la finalité
essentielle de l'entreprise pour satisfaire ses investisseurs, mais elle
est aussi la seule manière de satisfaire les autres parties prenantes
de l'entreprise : clients, fournisseurs, personnel, société
en général. La gestion par la valeur est donc une méthode
idéale à la disposition des dirigeants d'une entreprise
pour apporter de l'intérieur de l'entreprise qu'ils gèrent
une réponse au problème du 'gouvernement d'entreprise'.
Cela rendra inutile l'apport d'une réponse plus traumatisante de
l'extérieur : conseil d'administration ou assemblée des
actionnaires.
Les tenants de l'intérêt social de l'entreprise me font penser
aux hommes politiques dont les promesses électorales n'engageraient
que ceux qui veulent bien les écouter, comme a dit l'un d'entre
eux. Cette thèse revient en effet à ce que, aussitôt
élu en Assemblée Générale, un PDG tienne le
discours suivant " Mesdames, Messieurs, je vous remercie de la confiance
que vous m'avez exprimée en me désignant à ce poste
pour gérer votre épargne durement accumulée à
la sueur de votre front. Cependant, maintenant que vous m'avez élu,
je tiens à vous informer que je prendrai en considération
vos avis exactement au même titre que tous les autres qui parviendront
à mes oreilles : des clients, du personnel, des fournisseurs, de
la société en général. Tant pis, si pour accéder
aux desiderata de ces autres parties, je nuis à vos intérêts
et vous vous appauvrissez. Allez, montrez-vous généreux,
que diable, pensez à tout l'enrichissement qu'auront fait en votre
lieu et place ces autres parties : les clients à qui nous auront
vendu des produits de trop bonne qualité pour le prix qu'ils étaient
prêts à payer ou les fournisseurs à qui nous auront
acheté des prestations plus cher que ce qu'elles valaient ou les
employés à qui nous aurons attribué des rémunérations
plus élevées que ce que leur travail produisait ou etc.
".
La vie économique des entreprises d'un pays est trop importante
pour qu'elle soit menée comme la vie politique. L'intérêt
social de l'entreprise ne doit pas servir d'excuse à sa médiocre
performance.
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