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POUR UN
RENOUVEAU DE LA PARTICIPATION !
Félix BOGLIOLO
Toutes les enquêtes réalisées auprès des salariés
de quelque niveau hiérarchique que ce soit montrent qu'ils recherchent
dans le travail principalement deux objectifs : une certaine réalisation
personnelle que la qualité de leur poste doit leur apporter, et
une rémunération motivante.
Je suis le propagateur de la Création de Valeur depuis plus de
cinq ans parce qu'elle répond à ces deux attentes de manière
idéale à mes yeux. Et ce, tout en permettant aux entreprises
de respecter le mandat que leur ont confié leurs investisseurs.
Après avoir survolé cette notion de mandat, j'aborderai
successivement ces deux avantages de la Création de Valeur : une
participation à la gestion et une participation aux résultats.
Nolens volens, tout salarié de quelque niveau hiérarchique
que ce soit n'est autre que le mandataire de mandants que sont les investisseurs
finançant l'entreprise. C'est l'évidence pour les dirigeants
et les bien nommés mandataires sociaux. C'est tout aussi vrai pour
les cadres, de même que pour les employés sticto sensu :
cette relation semble s'atténuer au fur et à mesure que
l'on descend la pyramide hiérarchique mais c'est une illusion dangereuse.
Ce mandat, que tout salarié a librement accepté en prenant
ses fonctions, porte sur la gestion de l'épargne de ces investisseurs.
Et ces investisseurs n'ont d'autre objectif que la maximisation de la
valeur de leur épargne.
Il existe un critère de mesure de la performance interne d'une
entreprise qui constitue un bon élément d'explication de
la valeur de marché de cette entreprise (la démonstration
de ce point allongerait inutilement cet article). Ce critère est
nommé Profit Economique. Le lecteur trouvera en annexe un résumé
du calcul de la Valeur d'une entreprise à partir du Profit Economique.
En vertu de ce mandat, la gestion d'une entreprise doit faire croître
son Profit Economique afin que sa Valeur soit bien maximisée. Il
s'agit d'intégrer la Création de Valeur à toutes
les étapes de la réflexion à l'action. La Création
de Valeur concerne toutes les fonctions et opérations. Tout type
de décision doit être analysé en ces termes. En effet,
la somme des petites décisions prises dans l'entreprise à
de faibles niveaux hiérarchiques est souvent plus importante que
les grandes décisions stratégiques (une application du dicton
'les petits ruisseaux font les grandes rivières', d'où la
terminologie ci-après). Tout salarié doit participer à
la Gestion de 'son' entreprise par la Valeur.
La Création de Valeur est la substance même de l'entreprise.
Elle se propose donc tout naturellement de transformer tous les salariés
en 'intrapreneurs' (néologisme vieux de plusieurs lustres déjà
mais décrivant une espèce malheureusement assez rare dans
la réalité des entreprises).
Pour une entreprise, se gérer en fonction de la Création
de Valeur consiste à décliner en son sein cette dynamique
de changement afin de bénéficier de cette évolution
culturelle majeure. Mais pour qu'une Gestion par la Valeur débouche
effectivement sur cette gestion plus participative, elle requiert en outre
une autre évolution manageriale majeure : la décentralisation.
La croissance des entreprises et le mouvement de concentration qui accompagnent
la mondialisation rendent leurs performances globales de moins en moins
'parlantes' et donc de moins en moins motivantes pour l'immense majorité
de leurs salariés. Pour résoudre ce problème, l'entreprise
doit être 'découpée' en entités à taille
humaine : je les appelle Rivières de Valeur. Elles sont à
identifier parmi : division, filiale, pays, marché, client, produit,
processus, usine, atelier, machine, projet, fonction, service, ... Il
n'y a pas de chiffre magique mais 50 - 100 salariés semble être
un ordre de grandeur compatible avec l'immense majorité des situations
concrètes.
Tout salarié doit connaître la performance de 'sa' Rivière
de Valeur pour améliorer sa situation et celle de 'sa' Rivière
de Valeur. Or, ce n'est qu'au niveau d'une Rivière de Valeur, définie
comme je viens de le faire, qu'un salarié peut déterminer
les 'sources' de Création de Valeur et apprendre à les exploiter,
peut visualiser ses actions et celles de ses collègues, peut juger
ses progrès et ses échecs, peut comprendre la relation de
causalité entre ses actions et la performance obtenue, et ainsi
apprécier les comptes de 'sa' Rivière de Valeur. En effet,
le Profit Economique peut être mesuré de manière très
simple pour des unités de cette taille. Il peut aussi être
mesuré avec la périodicité désirée
et donc être utilisé comme tableau de bord pour ces Rivières.
Il peut être relié aux tâches et processus de ces Rivières
et servir de guide de gestion très opérationnel.
Une formation, spécifique à chaque niveau, à l'utilisation
de ces outils débouchera sur l'évolution culturelle recherchée.
Ainsi l'entreprise sera sûre que les décisions nouvellement
générées seront bonnes, les aspects de rémunération
traités ci-après en constituant la 'garantie'.
Avec ces développements sur la dynamique entrepreneuriale générée
par la Création de Valeur et sur la décentralisation requise
pour que la Création de Valeur soit opérante, j'ai prouvé
mon assertion introductive : la Création de Valeur répond
parfaitement aux attentes de tous les salariés en matière
de réalisation personnelle. Abordons maintenant la question des
rémunérations. Le lecteur intéressé par des
compléments sur ce sujet est invité à se reporter
à la bibliographie. Pour cette raison, j'aborderai superficiellement
ici certains points développés là.
Un aphorisme anglo-saxon caricature assez bien la situation de trop nombreuses
entreprises en ce domaine : si vous donnez des cacahuètes, vous
obtenez des singes. Or, quel investisseur voudrait de dirigeants, cadres
ou employés de cet acabit ? Les investisseurs n'ont donc rien contre
des rémunérations élevées, tout au contraire.
Par contre, ils n'apprécient guère des salaires élevés.
Pour moi, la rémunération est la somme d'un salaire fixe
et d'une participation au Profit Economique que le salarié concerné
a contribué à générer avec ses efforts et
son intelligence. Ce n'est que justice sociale. La 'Création de
Valeur' considère donc que la question des rémunérations
se pose en termes qualitatifs plutôt qu'en termes quantitatifs.
Une rémunération mensuelle de 1MF ne sera peut-être
pas suffisante pour motiver comme il le mérite un PDG qui aura
créé de la Valeur par milliards de francs. Par contre, même
500KF annuels seront toujours trop pour celui qui aura systématiquement
fait perdre ses investisseurs.
Est donc en cause non pas le niveau absolu des rémunérations
des salariés en général ni même des dirigeants
en particulier mais la logique et la transparence de leur fixation ainsi
que la cohérence de celle-ci avec la performance économique
de l'entreprise. C'est-à-dire leur détermination logique
pour rémunérer les mandataires de mandants dans une relation
de mandat. Cette analyse scientifique (Cf. l'excellent dossier dans Le
Point du 28-01-00) est aux antipodes des rodomontades poujadistes traditionnellement
entendues. Puisque le Profit Economique constitue la base de la rémunération
de la ressource capitalistique apportée par les investisseurs,
il doit constituer la base de la rémunération des Ressources
Humaines. Sinon on court à la fois le risque d'un conflit d'intérêt
entre ces deux ressources et celui de rendre schizophrènes les
dirigeants, cadres et employés de l'entreprise.
A Profit Economique nul ou constant (selon qu'on s'intéresse aux
valeurs absolues ou, ce qui est préférable, aux variations
dans le temps), la rémunération égale le salaire.
En cas de Profit Economique positif ou d'amélioration, une participation
généreuse doit être mise en place. La contrepartie
doit être que cette participation généreuse peut être
différée pour amortir un Profit Economique négatif
ou une détérioration. Un tel système permet de revenir
à la philosophie de la participation des travailleurs aux fruits
de l'expansion de leur entreprise. La formule légale comporte cependant
des paramètres qui manquent de pertinence. Ces aspects peuvent
être éliminés par le système que je préconise.
Les investisseurs appellent de leurs vux de tels systèmes
participatifs.
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L'entreprise bénéficie
ainsi d'une régulation automatique de sa masse salariale par les
prix. Elle a alors moins besoin d'une régulation via des licenciements.
Notre réflexion sur la Création de Valeur débouche
ici aussi sur une conséquence concrète très favorable
aux salariés.
Avec le système de rémunération proposé, atteindre
des niveaux élevés de rémunération ne pose
pas de problème. En effet, il ne s'agit pas d'un coût mais
d'une participation variable à la Création de Valeur qui
assure concomitamment une juste rémunération aux investisseurs.
Rien n'oblige à payer cet élément de rémunération
en espèces pour tous les salariés de manière identique.
Le DRH peut faire preuve d'imagination et proposer aux salariés
une carte dans laquelle ils composeront leur menu : crédit temps
(horaires, congés, années sabbatiques, etc.), retraites
complémentaires (Art 83 CGI) ou d'autres avantages. L'important
est de respecter le coût global pour l'entreprise en même
temps que le lien avec la Création de Valeur.
Différents types de
rémunération variable liée à la Création
de Valeur sont possibles en fonction des niveaux hiérarchiques.
Je ne traiterai pas des salaires ni des systèmes aux vertus plus
psychologiques que quantitatives : larges plans d'actionnariat du personnel
ou cadeau d'une action à chaque salarié. Ces différents
types ne sont pas exclusifs les uns des autres pour tenir compte de situations
particulières individuelles ou collectives. Ces différents
types tracent un parallélisme entre la hiérarchie de responsabilité
et le risque des rémunérations associées.
Pour les employés, l'intéressement devrait être beaucoup
plus utilisé qu'il ne l'est aujourd'hui. Les modalités de
calcul et les critères de répartition peuvent être
différenciés par 'unités de travail' (nos Rivières
de Valeur) : le Profit Economique peut donc en constituer l'assiette.
Les plafonds (global à 20 % de la masse salariale et individuel
à 50 % du plafond annuel de la Sécurité Sociale soit
près de 90.000 F aujourd'hui) autorisent donc une distribution
pour cette catégorie de salariés que personne ne pourrait
qualifier de cacahuètes. De plus ces plafonds ne constituent en
aucun cas une limite supérieure mais seulement le montant donnant
droit à exonérations sociales et fiscales. Rien n'interdit
à une entreprise de distribuer des sommes supérieures :
elles seront taxées comme tout autre élément salarial.
Ce système est peu risqué puisqu'il est borné à
la baisse et éventuellement à la hausse. Il s'applique bien
à un niveau de salaire faible, donc à une catégorie
de salariés ayant a priori un appétit pour le risque faible.
Pour les cadres ayant des responsabilités générales
sur une Rivière de Valeur, des bonus individuels importants basés
sur le Profit Economique de 'leur' Rivière de Valeur devraient
être mis en place. Pour les autres types de cadres, par exemple
des commerciaux, on préfèrera des bonus importants basés
en grande majorité sur leur contribution au Profit Economique de
'leur' Rivière de Valeur avec une petite part basée sur
la performance de l'unité à laquelle ils appartiennent (afin
de contribuer à la formation d'un esprit d'équipe). Ces
bonus devraient être sans limite ni à la hausse ni à
la baisse (grâce par exemple à un compte en banque fictif
permettant l'imputation de bonus négatifs). Il s'agit ici d'un
système assez risqué correspondant bien au dynamisme qu'une
entreprise est en droit d'attendre de cette catégorie de salariés.
Pour les dirigeants, une partie de ces bonus (par exemple 40 %) devrait
être consacrée à l'achat de stock options. Une option
ayant une valeur (calculable par la formule de Black et Scholes), la liste
des bénéficiaires et le nombre d'options attribuées
seraient ainsi rationalisés.
En dépit d'une certaine croyance, les stock-options ne répondent
pas à la préoccupation de motivation des salariés
en général. Et ce pour six raisons :
la performance globale de l'entreprise est trop éloignée
de la responsabilité d'un salarié donné hormis le
PDG qui est le seul à avoir une responsabilité globale (avec
éventuellement quelques autres dirigeants). Ainsi un salarié
pourra être tenté de se reposer sur ses collègues
pour assurer la bonne marche de l'entreprise et toucher le fruit du travail
des autres.
la valeur de l'entreprise est un concept externe que beaucoup de salariés
ont encore du mal à corréler à des leviers internes
à l'entreprise et donc concrètement en leur pouvoir. Ces
salariés resteront perplexes devant ces stock-options : que puis-je
faire pour les valoriser ?
la valeur de l'entreprise est fortement influencée par de nombreux
paramètres externes sur lesquels les dirigeants et surtout les
employés n'ont aucun pouvoir : imposition, inflation, intérêt,
changes, croissance, matières premières, etc.. Elle est
ainsi particulièrement volatile.
si les stocks-options sont données comme aujourd'hui, plutôt
qu'achetées comme proposé, elles n'ont aucune valeur pour
le salarié qui les reçoit. Si elles valent quelque chose,
tant mieux c'est toujours cela de gagné ; si elles ne valent rien,
tant pis elles ne m'ont rien coûté !
leur prix d'exercice est souvent inférieur au cours du moment.
Les dirigeants n'ont donc aucune incitation à créer de la
valeur. Ils seront gagnants même si le cours ne progresse pas. Ces
options constituent donc un très mauvais signal pour les investisseurs.
Les dirigeants seront récompensés alors même qu'eux
seront perdants.
leur valorisation dans des entreprises non cotées n'est pas aisée
et leur exercice encore moins (liquidité des actions reçues
après exercice).
Le risque de ce type de rémunération
est plus élevé car il comporte un investissement des bénéficiaires
qui est mis en jeu sur le long terme. Toutefois cet investissement est
limité à la prime de l'option qui n'est qu'une fraction
de la valeur de l'action sous-jacente.
L'inconvénient des stock options est que le gain tiré par
le bénéficiaire est borné à la baisse au montant
de l'investissement correspondant (le montant payé pour la prime
d'option- éventuellement zéro si elles ont été
données). Le risque supporté par le bénéficiaire
au titre de cet élément de rémunération n'est
donc pas symétrique de celui que prend l'investisseur au titre
de son investissement dans l'entreprise. Une façon de résoudre
cette asymétrie est de faire acheter aux mandataires sociaux des
actions de l'entreprise (toujours avec une partie pré-déterminée
de leur bonus). Leur risque serait alors beaucoup plus élevé
puisque le montant de leur investissement initial serait de 100 % de la
valeur de l'action et non plus seulement d'une fraction. Statutairement
un mandataire social doit d'ailleurs posséder un certain nombre
d'actions de l'entreprise : dans la pratique ce nombre est symbolique
et ces actions sont le plus souvent données.
Pour tous ces systèmes, la notion de risque doit se référer
à la situation du salarié concerné. Tel salarié
ayant pour seul patrimoine sa résidence principale (dont le crédit
n'est peut-être pas encore échu) sera plus en risque avec
500 KF d'actions investies dans l'entreprise que tel autre ayant investi
2 MF qui ne représentent que 10 % de son patrimoine personnel.
En conséquence, l'actionnariat généralisé
des employés ne peut être à mes yeux que strictement
symbolique.
Ces systèmes doivent être répétés annuellement
afin de ne pas figer la situation d'un instant donné. C'est malheureusement
le cas des RES : différence entre les salariés pré
et post opération (ce qui limite l'embauche de nouveaux talents
tout en constituant un frein au départ des anciens alors même
que leur contribution à la Création de Valeur n'a peut-être
pas évoluée favorablement), divergence entre le montant
investi dans l'opération en fonction de la capacité contributive
à la date de l'opération et la contribution récurrente
à la Création de Valeur.
Ces montants ne peuvent résulter que d'une étude individualisée.
Le DRH concerné doit se demander : compte tenu de toutes les caractéristiques
de ce salarié (âge, ancienneté, diplôme, situation
patrimoniale et familiale, expérience passée, ambition pour
le futur, valeur sur le marché du travail, situation concurrentielle,
salaire fixe, etc.) et compte tenu des objectifs qui lui ont été
fixés, quel est le montant de bonus variable qui le motivera suffisamment
pour qu'il donne le meilleur de lui même ? Selon les cas, la réponse
sera deux mois ou un an de salaire.
La Création de Valeur autorise ainsi des avancées sociales
grâce à des rémunérations élevées
pourvu qu'elles lui soient liées. J'ai donc bien prouvé
que la Création de Valeur répond à cette deuxième
attente essentielle de tout salarié : une rémunération
motivante.
La réalisation personnelle par la qualité du poste de travail
et une rémunération motivante sont bien consubstantiels
de la Création de Valeur, comme je viens de le montrer. Mon expérience
des entreprises ayant développé ces deux points de la Création
de Valeur est très claire. Celles qui l'ont fait - explicitement
ou implicitement - ont une performance économique bien supérieure
à celles qui ne l'ont pas fait. Les premières sont systématiquement
créatrices de valeur de manière importante. Les secondes
le sont faiblement de temps en temps, presque par hasard.
Félix BOGLIOLO
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