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RETOUR SUR 1999 ET SES OPA
Félix BOGLIOLO
Dans notre chronique du 24-06-98, nous posions la question : 'La croissance
externe est-elle créatrice de valeur ?' et rappelions que cela
dépendait non seulement de l'intérêt intrinsèque
de l'opération envisagée avec la cible (les synergies incantatoires)
mais aussi et peut-être surtout du prix payé par l'acquéreur
pour pouvoir les réaliser.
En cette époque propice aux rétrospectives, nous analyserons
au regard de ce critère sept opérations importantes intervenues
durant l'année passée choisies en raison de la taille significative
de la cible par rapport à l'acquéreur :
- Air Liquide / BOC
- BNP / Paribas
- Carrefour / Promodes
- Fimalac / Strafor Facom
- Renault / Nissan
- TotalFina / Elf
- Zodiac / Intertechnique
Notre analyse porte exclusivement sur ce que nous appelons la CVE ou
Création de Valeur Externe de l'acquéreur et plus précisément
sur son évolution durant la période de transaction : c'est-à-dire
que nous ne nous intéressons pas au Profit Economique, qui constitue
la création de valeur interne. Dans ce cas, le seul paramètre
à considérer est l'évolution du cours de bourse de
l'acquéreur. Il convient d'analyser cette dernière non pas
dans l'absolu mais relativement à un indice de référence
pour faire la part des choses dans l'évolution du cours entre ce
qui est dû à des paramètres macroéconomiques
(taux d'intérêt, de change, d'imposition ou de croissance,
prix d'une matière première, par exemple) et ce qui est
dû à l'appréciation portée par le marché
sur la transaction en cours. Il est usuel dans ce genre d'analyse de limiter
l'étude aux quatre semaines préalables à l'annonce
officielle de la transaction et aux quatre semaines postérieures
à la clôture de la transaction. Il est aussi usuel de prendre
l'indice le plus large possible pour réduire autant que faire se
peut les phénomènes d'autocorrélation.
Une relative constance autour de la valeur de référence,
prise par construction à 100 à la veille de l'annonce de
la transaction, indique une relative indifférence du marché
vis-à-vis de la transaction : les synergies réellement escomptées
par le marché sont absorbées (au sens de 'valeur actuelle
nette') par la prime payée aux vendeurs de la cible. La Création
de Valeur s'effectue exclusivement en faveur des vendeurs. Bravo aux sortants
qui ont bien fait monter les enchères et ont correctement accompli,
en tant que mandataires, le mandat que leur avait confié leurs
investisseurs mandants (la maximisation de leur épargne investie
dans la cible), du moins durant la transaction analysée. Aux acquéreurs
à apporter la preuve après la transaction que les synergies
qui seront réellement dégagées sont supérieures
à celles initialement anticipées par le marché :
cela représenterait la seule justification économique de
la transaction qui sans cela constitue une simple circulation de valeur.
Si on place le seuil de sens entre 5 et 10 % de variation par rapport
à l'indice, se trouveraient dans cette situation, les transactions
Air Liquide, Carrefour, Fimalac, Renault. Notre analyse consiste seulement
à 'lire' le marché : ce n'est pas nous qui portons une quelconque
appréciation. Erreur de jugement du marché, faiblesse de
communication de l'acquéreur ? Ce n'est pas à nous de répondre.
Une baisse significative en dessous de 100 indique que le marché
porte un jugement négatif sur la transaction : les synergies réellement
escomptées par le marché ne sont pas à la hauteur
de la prime payée. Non seulement la Création de Valeur s'effectue
ici encore exclusivement en faveur des vendeurs mais cette dernière
se réalise aux dépens des investisseurs de l'acquéreur
qui subissent une destruction de valeur. Cette destruction de valeur croit
avec une éventuelle surenchère.
Se trouveraient dans cette situation, les transactions BNP, TotalFina,
Zodiac.
Une hausse significative au dessus de 100 signifie que le marché
escompte des synergies supérieures à la prime payée.
La Création de Valeur se fait non seulement en faveur des vendeurs
mais aussi en faveur des investisseurs de l'acquéreur. Une situation
gagant-gagnant (cochez un bon nombre de cases dans votre Bullshit Bingo
comme dirait Jean-Paul Betbèze : Cf. sa chronique du 27-12-99).
Aucune transaction ne rentrerait dans ce cas.
Que la Création de Valeur est beaucoup plus difficile à
réaliser qu'à annoncer ! Raison de plus pour lui accorder
en 2000 encore plus d'importance qu'en 1999 !
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