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AGEFI
du 24 nov 99
VOTRE ARGENT M'INTERESSE !
Des entreprises créant
de la valeur constituent la pire des solutions à l'exception de
toutes autres
Dans une de ses chronique récentes (Les Echos 17-18/09/99 : le
voile se déchire sur la création de valeur), Paul Fabra
se livre à une attaque en règle d'un thème qui m'est
trop présent pour que je n'utilise pas ma propre chronique pour
lui répondre.
Ah ! Que les managers peu performants aimeraient avoir des M. Fabra comme
actionnaires ! En effet, d'après lui, le profit serait tellement
aléatoire par essence même, qu'il devrait être l'exception
plutôt que la règle. Le Capital action n'aurait pas de coût
associé et donc les actionnaires ne seraient que des usuriers exigeant
des rendements exubérants. Et les pauvres salariés seraient
les victimes innocentes à la fois de cet entêtement condamnable
des actionnaires et d'un complot machiavélique ourdi par M. Jospin
emboîtant en cela les pas de ses deux prédécesseurs
de droite.
Et bien non ! La réalité économique est beaucoup
plus complexe que ne veut bien nous le laisser accroire M. Fabra. Mes
désaccords avec lui sont trop nombreux pour que je les traite tous.
J'en sélectionnerai seulement quelques-uns. En particulier, je
n'aborderai pas l'atteinte au droit de propriété sous-jacente
à ses propos, quelle qu'en soit son importance.
1. M. Fabra s'interroge sur le bien-fondé du recours accru des
entreprises à l'endettement et donc au rachat de leurs propres
actions. Pourtant grâce à la déductibilité
fiscale des intérêts, sorte de subvention à l'endettement
offerte par la collectivité nationale, la dette est bien moins
chère que les actions. Cf. notamment mes chroniques de l'Agefi
des 6, 13 et 20 janvier 1999. Seul remède à l' '' affaiblissement
des structures financières '' correspondant : traiter d'un point
de vue fiscal les actionnaires et les créanciers sur un pied d'égalité,
soit en fixant le taux de l'impôt des sociétés à
zéro soit en n'autorisant plus la déductibilité fiscale
des intérêts !
2. Le résultat comptablo-fiscal, pour des raisons inexplicables,
ne prend en compte que le coût de la dette et non celui des actions.
Une entreprise dont le résultat traditionnel est symboliquement
positif doit être considérée en perte économique
si elle ne rapporte pas son coût du capital : Cf. la quasi totalité
de mes chroniques de l'Agefi depuis plus de 18 mois. Comment éviter
que les investisseurs attendent un rendement de leur investissement :
supprimer les investisseurs par l'appropriation collective de l'ensemble
de l'outil productif !
3. Quant '' aux dysfonctionnements qui affecte(rai)ent les marchés
financiers depuis deux décennies '', ils n'existent qu'aux yeux
de M. Fabra. Les niveaux généraux des taux d'intérêt,
soit le prix de l'argent, ont été sur cette période
globalement orientés à la baisse : globalement, il y aurait
plus d'épargne disponible que de projets intéressants.
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.Les Bourses ont été
sur la période globalement orientées à la hausse,
en dépit d'accidents de parcours qui apparaissent avec du recul
comme des épiphénomènes, quoi qu'en aient les chroniqueurs.
Le nombre d'entreprises accédant aux marchés financiers
a augmenté considérablement, et ce dans des domaines aussi
divers que le tunnel sous la Manche pour le malheur de ses investisseurs
mal diversifiés ou l'internet ainsi que les biotechnologies pour
le bonheur d'autres investisseurs plus avisés (mais n'est-ce pas
la loi du genre qui veut qu'il n'y ait pas de profit sans risque ?). Le
nombre d'épargnants accédant à ces mêmes marchés
financiers s'est globalement accru ou tout du moins s'est maintenu dans
notre pays en dépit du matraquage fiscal dont ils sont l'objet.
Les apparences de dysfonctionnements évoquées ne sont que
le reflet des énormes mutations que connaissent les économies
de notre planète et de la schizophrénie qu'elles entraînent
chez leurs gouvernants et certaines parties de leurs populations. A peu
près tous les pays se sont engagés dans la voie de la libre
circulation des idées, des personnes, des marchandises et des capitaux
depuis plusieurs décennies. Cette voie '' ne tient debout que si
on en pousse jusqu'au bout la logique ''. Car il n'existe pas de voie
médiane entre une économie à la cubaine (à
l'époque des '' visiteurs du soir '', qui sait si elle n'aurait
pas eu ma préférence ?) et une économie ouverte (maintenant
qu'on nous l'a imposée, allons-y). Si un investisseur français
peut, directement ou via une holding de La Défense, investir son
épargne en Thaïlande, il le fera si la rentabilité
de cet investissement est meilleure là-bas qu'en Auvergne et de
ce fait il embauchera un Thaïlandais plutôt qu'un Auvergnat.
Si un consommateur français peut, directement ou via une centrale
d'achat de St Etienne, importer un produit marocain, il le fera dès
que le prix de ce produit rendu chez lui est inférieur à
celui du produit normand de qualité équivalente et de ce
fait il augmentera le niveau de vie d'un ouvrier marocain aux dépens
d'un ouvrier normand. Si un touriste français peut aller passer
ses vacances sur la Costa del Sol, il le fera si le prix payé rapporté
aux heures d'ensoleillement et autres éléments qualitatifs
lui paraît plus intéressant que sur la Côte d'Azur
pour le plus grand bénéfice de l'Etat, du patron et des
serveurs espagnols et au détriment de leurs équivalents
français. Etc. etc.. M. Fabra voudrait-il empêcher l'investissement
français à l'étranger, l'importation en France de
marchandises étrangères, le touriste français de
se rendre en vacances à l'étranger, etc. ?
En l'occurrence, et pour régler les nombreux problèmes qui
affectent notre économie : chômage, précarisation,
retraites, etc., je suis de ceux qui pensent (paraphrasant l'aphorisme
célèbre consacré à la démocratie) que
des entreprises créant de la valeur, c'est-à-dire tout simplement
en bonne santé, constitue la pire des solutions à l'exception
de toutes les autres. Contre toute sorte de dictature, qu'elle soit du
prolétariat ou des marchés, la démocratie, celle
qui respecte autant les dirigeants et les employés en leur accordant
des rémunérations variables élevées liées
au Profit Economique (Cf. ma chronique précédente) que les
actionnaires en leur reconnaissant leur juste rémunération
au coût du capital
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