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DIRIGEANTS ! SAVEZ-VOUS REMUNERER VOS EMPLOYES A LA
MODE DE LA CREATION DE VALEUR ?
Félix BOGLIOLO
La gouvernance d'entreprise (corporate governance) est un concept simple
qui se résume à la relation de mandat que je vais décrire
ici. Volens nolens, tout employé de quelque niveau hiérarchique
que ce soit n'est autre que le mandataire de mandants que sont les investisseurs
finançant l'entreprise ; surtout les cadres, puisque, pour les
dirigeants et les bien nommés mandataires sociaux, c'est l'évidence
même et puisque, pour les employés sticto sensu, la relation
semble plus ténue quoique bien réelle. Le mandat, que tout
employé a librement accepté en prenant ses fonctions, porte
sur la gestion de l'épargne de ces investisseurs. Les dirigeants
et employés - mandataires doivent donc rendre compte aux investisseurs
- mandants de l'exécution de leur mandat de gestion afin que ces
derniers puissent vérifier à tout instant la valorisation
de leur patrimoine. La gouvernance d'entreprise présente plusieurs
facettes. La 'Création de Valeur' en est donc la facette économique.
Pour évaluer la valeur du patrimoine des investisseurs - mandants
qui a été confié en gestion aux employés et
dirigeants - mandataires, c'est-à-dire pour valoriser l'entreprise,
ces derniers disposent d'une méthode simple et avérée.
Cette méthode a été conceptuellement mise au point
depuis de nombreux lustres dans les milieux académiques : plusieurs
célébrités lui doivent leur Prix Nobel. En dépit
des rumeurs que se complait à colporter la croyance populaire,
elle constitue une des propositions économiques les plus testées
empiriquement. Elle est de plus en plus utilisée dans leur pratique
des affaires tant par des dirigeants pour guider leur propre gestion que
par des investisseurs pour juger de la gestion de leurs dirigeants.
Pour obtenir la valeur d'une entreprise, il faut mener la démarche
suivante en quatre étapes :
1. calculer le Résultat d'Exploitation Minoré de l'Impôt
Corrigé ou REMIC et les Capitaux Investis,
REMIC = Produits d'exploitation - Charges d'exploitation - Impôts
d'exploitation
(c'est-à-dire avant éléments financiers et/ou exceptionnels
et leur part d'impôt afférente)
Capitaux Investis = Immobilisations + Besoin en Fonds de Roulement (vu
de l'Actif ou des emplois) = Fonds Propres + Dettes financières
(vu du Passif ou des ressources)
2. déterminer le "coût du capital" (la Faculté
nomme "coût du capital" la rémunération
minimum exigée ex ante par les investisseurs pour investir compte
tenu du risque assumé - tous les investisseurs, y compris les actionnaires
et pas seulement les créanciers ; or compte tenu du risque bien
supérieur que les actionnaires supportent, leur exigence de rémunération
est bien supérieure à celle des créanciers, quel
que soit le niveau de cette dernière),
Coût du Capital = coût moyen pondéré de toutes
les sources de financement : fonds propres et dettes financières
à leur coût après impôt respectif.
3. calculer la Charge d'utilisation des Capitaux Investis comme le produit
du Coût du Capital appliqué aux Capitaux Investis,
4. calculer le Profit Economique comme la différence entre le REMIC
et la Charge d'utilisation des Capitaux Investis ; on voit que ce Profit
Economique peut être calculé de manière très
décentralisée pour arriver à des chiffres 'parlants'
pour chacun des employés et dirigeants de l'entreprise à
son niveau ; il peut aussi être calculé très périodiquement
: semaine, mois, trimestre, année,
.
Les Profits Economiques futurs, ramenés en valeur actuelle à
ce même Coût du Capital et ajoutés aux Capitaux Investis,
donnent la valeur de l'entreprise. Cette manière de procéder
est strictement équivalente à l'actualisation des Flux de
Trésorerie Disponibles ou Free Cash Flows.
Cette méthode introduit une notion fondamentale : le droit pour
les investisseurs - mandants à un "salaire", ce Coût
du Capital que je viens d'introduire superficiellement. Pour les dirigeants
et employés - mandataires, il existe une rémunération
minimum contractuellement garantie. Pour les mandants, une telle rémunération
minimum existe aussi. Pour n'être pas explicite, ce salaire des
mandants n'en existe pas moins. Les marchés financiers le rappellent.
Les investisseurs le connaissent.
La logique de Création de Valeur veut donc que les dirigeants et
salariés - mandataires gèrent l'entreprise qu'ils dirigent
de manière à maximiser son Profit Economique, c'est-à-dire
sa rentabilité au-delà de son coût du capital. Ces
dirigeants et employés doivent prendre les décisions concrètes
qui s'imposent pour augmenter en permanence le Profit Economique qu'ils
gèrent à leur niveau. Quand j'écris décisions
concrètes, je pense à tout type de décision depuis
la plus simple qu'un employé peut prendre plusieurs fois par jour
à son niveau opérationnel jusqu'à la plus complexe
que des cadres supérieurs ne prennent qu'une fois par an à
leur niveau stratégique : par exemple, investissement interne ou
croissance externe.
Comment les rémunérations des employés et dirigeants
- mandataires s'insèrent-elles dans cette notion incontournable
de 'mandat de gestion' et donc de 'valorisation de l'épargne des
investisseurs - mandants', c'est-à-dire de l'entreprise ? La Création
de Valeur considère la question des rémunérations
en termes qualitatifs plutôt qu'en termes quantitatifs. Cette analyse
économique est aux antipodes des rodomontades poujadistes traditionnellement
entendues sur ce sujet.
Une rémunération des mandataires essentiellement fixe est
légitimement contestée par les mandants. Et ce quel que
soit son montant, même faible. D'abord, car elle dissocie les intérêts
des mandataires de ceux de leurs mandants puisque les mandataires auront
la même rémunération quel que soit le résultat
de leur gestion pour leurs mandants. Ensuite, car elle génère
un conflit d'intérêt entre mandants et mandataires : pour
assurer leur rémunération fixe, les mandataires diminuent
le risque de leurs opérations (qu'ils ont eux-mêmes contribué
à accroître par la fixité de leur rémunération),
d'où des stratégies conservatrices ou de diversification
ou de sortie de secteurs cycliques (alors que ces mêmes stratégies
pourraient être menées directement et à moindre coût
par les investisseurs eux-mêmes). Enfin, car elle n'est fixe qu'en
apparence ; sa variabilité se base en fait sur la taille et non
sur la performance ; toutes les enquêtes spécialisées
montrent bien une corrélation étroite entre les rémunérations
et certains éléments de taille : chiffre d'affaires, nombre
d'employés, territoire géographique, etc.. Une rémunération
essentiellement fixe incite donc insidieusement à rechercher la
taille pour elle-même indépendamment de la rentabilité.
Une rémunération essentiellement variable des mandataires
est légitimement souhaitée par les mandants parce qu'elle
apporte les avantages exactement inverses des inconvénients signalés
ci-dessus. Sa variabilité doit être fondée sur le
Profit Economique. Le Profit Economique est, on l'a vu, le déterminant
essentiel de la valeur et donc répond le mieux possible aux conditions
du mandat. Il peut aussi être mesuré à un niveau directement
relié à la personne considérée quelle que
soit sa position hiérarchique et aussi souvent qu'on le souhaite.
Les dirigeants, les premiers, doivent obtenir des mandants d'être
eux-mêmes rémunérés de cette manière
dans tous les cas, et particulièrement quand ils ne sont pas les
actionnaires uniques puisqu'ils ont, vis-à-vis des actionnaires
tiers, une position 'd'employés'. Dans ce cas, il est particulièrement
important de distinguer leur rémunération en tant 'qu'employés'
et leur rémunération en tant qu'actionnaires au prorata
de leur investissement.
Dans une telle philosophie, la distinction entre salaire fixe et bonus
variable prend une signification toute différente de celle prévalant
traditionnellement. Un fixe n'est garanti que pour rémunérer
l'effort d'entrer dans le processus de production. Cet effort existe,
même si sa rémunération peut être plus ou moins
élevée (mais pas nécessairement), que l'on soit P-DG,
directeur, cadre, agent de maîtrise ou employé / ouvrier.
Une fois cet effort fourni de manière identique, deux personnes
à des postes semblables se différencieront par leurs résultats.
Ces résultats ne sont pas nécessairement liés à
la quantité de travail, ils sont souvent plus liés à
la qualité du travail fourni : faire mieux n'est pas toujours la
conséquence de travailler plus. N'est-ce pas juste de rémunérer
plus celui qui génère plus de résultats ? Pour cela,
une seule règle : la transparence. Tout mandant a en effet le droit
de savoir comment son mandataire se rémunère sur le mandat
confié. Au sein des co-mandataires, la répartition doit
être objective pour que sa diversité soit acceptée.
Or, tout travailleur a droit a un "salaire minimum garanti",
de l'ouvrier ou de l'employé au PDG. Certains pays essentiellement
riches déterminent légalement un tel minimum, nommé
SMIC en France. Mais lorsque j'écris "salaire minimum garanti"
(en bref "salaire"), je me réfère moins à
l'aspect légal qu'à une notion de marché : un montant
fixe de base relié "correctement" à la qualité
du travail fourni par le travailleur, compte tenu de l'utilité
sociale qui en découle. Pour tel travailleur, ce salaire sera le
SMIC légal, mais, pour tel autre, il sera de 50.000 F mensuels
voire plus. Ce salaire peut donc varier selon des considérations
d'ordre hiérarchique ou de responsabilité, sectoriel ou
géographique, ou de tout autre ordre. Ces éléments
sont tels que ce salaire ne peut guère être révisé
ni à la hausse ni à la baisse puisqu'il n'est lié
qu'à la nature du travail effectué.
Mais, n'importe qui est toujours intéressé à gagner
plus plutôt que moins, toutes choses égales par ailleurs
(notamment la quantité de travail fourni ou la qualité de
ce travail). N'importe qui cherchera à gagner plus, si cela est
en son pouvoir ou ses capacités, en travaillant mieux. En quoi
cela serait-il amoral, si ce gain est négocié de façon
transparente sur des critères économiques rationnels ? Les
mandants n'ont aucune problème pour répondre favorablement
à ce genre d'aspirations pour autant que, comme nous l'avons vu,
cette augmentation de rémunération s'accompagne d'un accroissement
de sa variabilité. C'est pour cela que le salaire est relativement
bas car il est prioritaire et donc garanti. Pour augmenter, les rémunérations
doivent impérativement devenir variables.
Quelle considération pourrait justifier et servir de base à
un accroissement de la rémunération des dirigeants et employés
si tous les éléments de son utilité sociale ont déjà
été correctement évalués par le salaire ?
Il ne peut s'agir que du succès dans l'accomplissement du mandat
! C'est la seule que les mandants accepteraient. En tant que mandataires,
les dirigeants doivent s'en tenir à ce raisonnement.
Or que constate-t-on dans la pratique ? Les systèmes de rémunération
actuels présentent cinq inconvénients majeurs :
1. il n'existe pas de part variable ou très peu par rapport à
une part fixe qui constitue donc l'essentiel et même souvent la
totalité de la rémunération.
2. la part variable est fonction du niveau de réalisation d'objectifs
budgétaires négociés. Il en résulte des pertes
de temps et d'énergie importantes dans des négociations
stériles puisqu'elles sont internes à l'entreprise. Il en
résulte aussi des 'trucages' budgétaires puisqu'en négociant
un budget, un employé négocie de fait sa rémunération.
3. cette part variable, quand elle existe, est limitée à
la hausse. La performance donnant la part variable maximum ne sera pas
dépassée puisque le surcroît de succès ne serait
pas rémunéré.
4. cette part variable est aussi limitée à la baisse. C'est-à-dire
que si la performance nécessaire à l'obtention de la part
variable minimum ne va pas être atteinte, les personnes concernées
auront intérêt et donc tendance à 'charger la barque'
: de toutes les façons leur bonus est perdu et elles ne sont pas
pénalisées pour une mauvaise performance.
5. les critères servant de base à la détermination
de cette part variable ne sont pas nécessairement pertinents du
point de vue de la Création de Valeur pour l'entreprise.
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Pour
pallier tous ces inconvénients, il faut que le Profit Economique
de l'entreprise, évoqué précédemment, serve
de base à la variabilité de la rémunération
des dirigeants et employés en sus de leur salaire. Une formule doit
donc lier la rémunération variable au Profit Economique généré
par la personne considérée et/ou à la variation pluriannuelle
de ce Profit Economique et/ou à l'excédent de cette variation
par rapport à l'amélioration anticipée dérivée
des attentes des investisseurs.
Si une entreprise donnée gagne son Coût du Capital, elle a
accompli l'objectif des mandants. Ceux-ci auront gagné leur salaire
- Coût du Capital. Les mandataires aussi préalablement. Le
Profit Economique sera à l'équilibre.
Si une entreprise n'atteint pas cet objectif de rentabilité minimum,
et particulièrement si elle ne l'atteint pas de façon répétée,
ses mandants en seront déçus. C'est normal car leur espoir
de gain, insatisfait dans cette entreprise, aurait pu l'être dans
une autre. Ils iront s'investir ailleurs et les capacités de croissance
de cette entreprise s'en trouveront bloquées. Ils n'auront même
pas gagné leur salaire. Les mandataires auront pourtant bien gagné
leur salaire préalablement. Le Profit Economique sera négatif.
C'est pour cela que le salaire des mandants (le Coût du Capital) est
élevé car il n'est pas garanti.
Si une entreprise arrive à gagner plus que son coût du capital
et notamment de façon répétée, ses mandants
seront satisfaits. Ils apporteront facilement plus de moyens à cette
entreprise qui pourra se développer d'autant plus vite. L'entreprise
est en Profit Economique positif. C'est cette possibilité qui incite
à prendre le risque d'un investissement. Les mandants pourront bénéficier
d'une rémunération supérieure à leur salaire
- Coût du Capital.
Dans leur intérêt bien compris, c'est-à-dire dans l'optique
d'une valorisation maximale de l'entreprise à tout instant, les mandants
doivent alors élargir aux mandataires l'avantage de cette rémunération
supérieure au salaire, et ce de façon généreuse.
Les mandants devraient donc inciter (ou à tout le moins autoriser)
les dirigeants à mettre en place des systèmes de rémunération
de cette nature, c'est-à-dire incluant des systèmes de rémunération
incitatifs comprenant une part variable calculée sur la base du Profit
Economique, pour tous les employés de l'entreprise.
Le débat sur la rémunération du Travail (tout particulièrement
celle des dirigeants) ne prendra un sens qu'en le situant dans le contexte
d'une rémunération totale constituée d'un salaire minimum
fixe plus une participation variable au Profit Economique positif de l'entreprise
et/ou à son amélioration. Les rémunérations
peuvent et doivent augmenter, pas les salaires.
A Profit Economique à l'équilibre ou constant, la rémunération
totale des mandataires égale le salaire. En cas de Profit Economique
positif ou d'amélioration, une participation généreuse
doit être mise en place. La contrepartie doit être que cette
participation généreuse peut être différée
pour amortir un Profit Economique négatif ou sa détérioration.
Rémunérer les mandataires ainsi fait converger leurs intérêts
et ceux des mandants. Cela instaure, chez les dirigeants et employés
concernés, une nouvelle culture 'd'intrapreneurs', chacun au niveau
qu'il occupe au sein de l'entreprise qu'il gère. Par ailleurs, l'entreprise
bénéficie d'une régulation automatique de sa masse
salariale par les prix et a donc moins besoin de recourir à une régulation
via des licenciements ou la réduction du temps de travail.
Le Profit Economique d'une entreprise, décomposé par usine
ou service, permet d'analyser encore plus finement sa performance. Ainsi,
l'indicateur de performance utilisé se rapproche de la responsabilité
des bénéficiaires, cadres ou employés, pour générer
des rémunérations plus incitatives et individualisées.
Il est important d'enrôler dans un tel système la totalité
de l'entreprise, c'est-à-dire la totalité de ses cadres et
de ses employés, même si cela doit se faire très progressivement.
En effet, la sagesse populaire veut que 'les petits ruisseaux fassent les
grandes rivières'. L'amélioration du Profit Economique sera
d'autant plus grande que le maximum de personnes se sentira concerné,
en particulier parce qu'elles seront motivées par des rémunérations
incitatives.
Ce système de rémunérations vérifie cinq propriétés
qui lui assurent son efficacité, c'est-à-dire qu'il débouchera
sur des actions économiquement performantes :
- objectivité : le système se fonde sur une formule qui peut
être adaptée à la culture de chaque entreprise ;
- simplicité : une formation adéquate de tous les bénéficiaires
assure leur compréhension ;
- substance : les rémunérations atteintes sont supérieures
au marché pour compenser le risque accru;
- justice : la rémunération de chacun est liée à
la performance économique sous sa responsabilité ;
- durée : la formule est calibrée avec attention au départ
pour traverser tout type de situation.
De toutes ces propriétés, je souhaite insister plus particulièrement
sur la substance. J'ai évoqué à plusieurs reprises
précédemment l'idée d'un 'système généreux'.
J'aime à ce propos rappeler un aphorisme américain un peu
familier mais qui dit bien ce qu'il veut dire : <<If you give peanuts,
you get monkeys.>>. Quels dirigeants voudraient d'un tel type d'employé
ou de cadre dans son entreprise ? Avec un système de rémunération
comme celui que je propose, atteindre des niveaux élevés
de rémunération ne pose pas de problème. En effet,
il ne s'agit pas d'un coût mais d'une répartition des résultats
d'une performance économique qui assure au préalable une
juste rémunération aux mandants.
En effet, loin de moi l'idée que nous autres latins travaillerions
pour l'argent et que le fait de pouvoir gagner plus nous inciterait éventuellement
à travailler plus ou mieux ! Mais, en revanche, il est bien dans
notre culture de justice sociale que les mandataires tirent le bon retour
d'un surcroît de Profit Economique, généré
grâce à leur talent, via une fraction équitable de
celui-ci. Dans une telle philosophie, les mandataires, à tous les
niveaux, doivent souhaiter la performance de l'entreprise puisqu'ils en
retireront le juste bénéfice à titre personnel, particulièrement
pour leur rémunération.
Vue ainsi la Création de Valeur découlant du Profit Economique
n'est pas l'expression d'un quelconque antagonisme entre les deux facteurs
de production : Capital et Travail. Au contraire, elle est la manière
d'aligner leurs intérêts durablement. Le Travail est ainsi
induit à adopter un comportement de propriétaire (intrapreneur)
car il en a le profil de rémunération.
C'est pour cela qu'un système basé sur le Profit Economique
permet de créer chez les mandataires une mentalité plus
conforme aux objectifs des mandants en suscitant la motivation adéquate.
Un exemple simple (Cf. tableau encadré ci-après) illustrera
quelques propriétés assez peu courantes et néanmoins
désirables que le système que je propose permet d'atteindre.
Ces chiffres sont exprimés en une unité monétaire
inconnue puisqu'ils ne sont pas censés donner des ordres de grandeur.
Les rémunérations sont beaucoup plus élevées
que les salaires car on y ajoute une part variable représentant
une proportion substantielle du total. Un écart de salaires 'faible'
se trouve amplifié en un écart de rémunérations
'important'. Le total des répartitions atteint la moitié
de la valeur créée avec des pourcentages supérieurs
pour les niveaux hiérarchiques inférieurs (il reste l'autre
moitié de la valeur créée au-delà du coût
du capital pour les investisseurs). La rémunération du PDG,
dont le salaire est certes le plus élevé, est inférieure
à celle du Directeur de la Division B, créatrice de valeur
: il est juste en effet que le PDG supporte les conséquences de
la destruction de valeur de la Division A dont il a aussi la responsabilité.
Si le Profit Economique de la Division A était de +1.500.000, le
bonus du PDG serait 550.000 pour aboutir à une rémunération
de 800.000, faisant de lui le mandataire le mieux rémunéré
de l'entreprise. En toute justice et toute transparence.
Je suggère donc aux dirigeants français, et tout particulièrement
à vous les lecteurs de cette revue, c'est-à-dire les membres
de l'APM, de pratiquer ce genre de méthode. Des centaines d'entreprises
dans le monde (et aussi des services publics : hôpitaux, postes,
) peuvent témoigner de la rapidité d'obtention des
avantages procurés par un système reposant sur de tels concepts
: une valorisation accrue et des rémunérations en hausse
en raison d'une performance économique excellente.
Et si d'aventure, l'excellence d'une telle performance économique
amène les dirigeants et leurs investisseurs à se poser la
question de l'entrée d'un investisseur financier dans le tour de
table ou celle de l'introduction en Bourse, ces événements
se réaliseraient dans les meilleures conditions. Excellentes quantitativement
: de plus en plus d'investisseurs s'intéressent aux entreprises
qui se préoccupent de ce genre de performance économique.
Excellentes qualitativement aussi : cet accès au marché
financier se fait au meilleur prix.
L'immense majorité des sociétés qui appliquent ce
genre de méthode deviennent les 'coqueluches' des analystes financiers
dont beaucoup effectuent leurs recommandations sur la base de ce type
de raisonnements.
Avec son accès au marché financier amélioré
et accru, l'entreprise concernée peut alors entreprendre plus de
projets et des projets plus importants : que ce soit de la croissance
interne ou externe, que ce soit des investissements matériels ou
incorporels (R&D). Or ces projets seront eux-mêmes porteurs
d'avenir. Une boucle de croissance vertueuse est ainsi amorcée.
Dans un tel contexte d'excellence de la performance économique,
la notion de dilution du capital et donc de contrôle sur le capital
social ne se pose plus. La performance économique assure de manière
radicale l'inutilité de toute action extérieure à
l'entreprise, que ce soit en Assemblée ou en Conseil. En effet,
de toutes les mesures anti-prise de contrôle possibles, la seule
véritablement et durablement efficace est la Création de
Valeur. Pourquoi, en effet, changer une équipe qui gagne ?
© Félix BOGLIOLO - 1999 / Tous droits réservés.
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