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MIEUX ANALYSER
LE RENDEMENT DES CAPITAUX Félix
BOGLIOLO
On peut décomposer
le Rendement des Capitaux Investis en deux ratios très informatifs.

Le premier de ces deux ratios constitue un marge opérationnelle
assez classique : combien de francs de résultat dégage un
franc de Chiffre d'Affaires. Le deuxième constitue une rotation
des Capitaux Investis (soit l'inverse d'une intensité capitalistique)
: combien de francs de Chiffre d'Affaires génère un franc
de Capitaux Investis.
On qualifiera le premier ratio de productivité ou efficacité
opérationnelle et le deuxième de productivité ou
efficacité bilantielle. On a alors :
rendement des capitaux investis = productivité opérationnelle
* productivité bilantielle
On voit qu'un même niveau
de Rendement des Capitaux Investis peut être atteint par une infinité
de combinaisons des productivités opérationnelle et bilantielle.
Ceci peut être retracé par une courbe dénommée
'isoquante' (une même quantité, comme il existe des isobares
de pression atmosphérique ou des isothermes de température
ou des courbes de niveau sur une carte d'état major). La position
sur une isoquante permet de synthétiser en un indicateur la stratégie
en termes de productivité opérationnelle et de productivité
bilantielle.
Le grand apport de la démarche de Création de Valeur est
de montrer qu'une amélioration du Profit Economique peut être
obtenue tout autant, voire même plus, par une politique nouvelle
axée sur le bilan (meilleure utilisation des immobilisations, diminution
du BFR) que par une politique traditionnelle axée sur le compte
de résultat (augmentation des ventes et diminution des coûts).
Si on se réfère au graphique, le passage du point marqué
A à B est dû à l'amélioration traditionnelle
du rendement par la gestion du compte de résultat et l'amélioration
de la productivité opérationnelle. Le passage de A à
C est dû à l'amélioration plus novatrice par la gestion
du bilan et l'amélioration de la productivité bilantielle
(c'est-à-dire la diminution de l'intensité capitalistique).
Le passage de A à D résulte d'efforts partagés de
manière équivalente sur les deux productivités (le
point sur la nouvelle isoquante le plus proche du point de départ).
Le passage de A à E amène l'entreprise à une situation
que l'on pourrait qualifier d'optimale (le point de l'isoquante le plus
proche de l'origine du graphique, c'est-à-dire celui où
les deux productivités sont minimales pour un rendement maximal).
Gérer le compte d'exploitation consiste à gérer la
marge. Pour un même franc de CA il faut dégager un REMIC
de 5 ou 6 centimes et donc il faut à CA constant diminuer les charges
et mettre en place une stratégie de réduction de coûts.
Mais, on pourrait également améliorer l'intensité
capitalistique, c'est-à-dire qu'à capitaux investis constants
on augmenterait les ventes dans le cadre d'une stratégie de croissance
(sans investissements supplémentaires) ou bien, à CA constant,
avoir moins de capitaux investis engagés par une meilleure efficacité
du processus opérationnel, notamment au niveau du BFR.
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Les Capitaux Investis dans
le BFR sont non productifs, contrairement aux immobilisations qui sont
a priori productives (plus on en a, plus on peut produire et donc plus
on vend, si le marché accepte ces quantités supplémentaires
ce qui reste du domaine marketing commercial ). Le BFR n'est pas un investissement
productif néanmoins il représente des Capitaux Investis.
C'est pour cela que depuis plusieurs années, les entreprises, notamment
celles du secteur automobile, se sont lancées dans la course aux
flux tendus, zéro stock, supply chain management
Ce raisonnement a aussi des implications opérationnelles très
fortes en termes d'investissement en immobilisations. Avec un avion ou
un hôtel plus petit, on atteint un taux de remplissage plus élevé.
Plusieurs usines localisées en de multiples points et insuffisamment
occupées, peuvent être concentrées en un seul point
avec des équipes en 3 x 8h et occupées à un taux
plus proche de 100% de leur capacité : en termes de résultat
comptable traditionnel, on perd en coûts de logistique et en heures
de nuit mais en termes de Profit Economique, on gagne en Charge d'utilisation
des Capitaux Investis. Ce type de questions mérite d'être
ré-étudiées à la lumière de la Création
de Valeur en intégrant bien au raisonnement les éléments
de gestion du bilan. La voie la meilleure pour améliorer le rendement,
donc le Profit Economique, et ainsi créer plus de Valeur, varie
en fonction du métier, de la concurrence, du pays, de l'époque
ou de la stratégie.
Cependant l'amélioration du rendement par la productivité
opérationnelle a des limites vite atteintes. En revanche, la croissance
qui améliore la productivité bilantielle n'a de limite que
l'imagination des hommes et leur capacité à la maîtriser
puis à apprivoiser les marchés. Le seul moteur durable de
Création de Valeur est la croissance. Après des années
de restructuration, peut-être serait-il temps de penser à
investir, à développer, à croître,
La
sortie par le haut est plus motivante que la sortie par le bas
Rappelons qu'appliquer une Gestion par la Valeur revient, ipso facto,
à dire à tous ses collaborateurs : " présentez-moi
toutes les idées dont la rentabilité est supérieure
au coût du capital et je les prendrai ".
La Création de Valeur n'est donc pas une conception malthusienne
ou " californienne soixante-huitarde " (small is beautiful).
La Création de Valeur incite bien à la croissance mais pas
à une croissance à tout prix : seule la croissance rentable
est créatrice de valeur. Le retraitement des investissements stratégiques
est là pour faciliter et susciter cette dynamique. Où on
tord le cou à une critique erronée contre la Création
de Valeur !

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