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PROFIT ECONOMIQUE
UN BON OUTIL DE GESTION
Félix BOGLIOLO
" Un seul Dieu, tu adoreras
", lit-on dans la Bible. On peut ériger le Profit Economique
en outil de gestion exclusif d'une entreprise. Ce faisant, on ne renie
pas pour autant le Flux de Trésorerie Disponible (FTD - Free Cash
Flow).
Rappelons les définitions de ces termes :
- Profit Economique = REMIC - cmc * CI avec REMIC : Résultat d'Exploitation
Minoré de l'Impôt Corrigé, cmc : coût du capital,
et CI : Capitaux Investis ou Immos + BFR
- FTD = REMIC + Dotation aux Amortissements et Provisions - DELTA BFR
- delta Immos.
Bon nombre d'entreprises adorent le FTD car la Finance d'Entreprise moderne
enseigne depuis la fin des années 50 que la Valeur d'une entreprise
est donnée par la valeur présente de ses FTD futurs à
l'infini, actualisés au coût du capital.
En ce sens le FTD serait une référence de gestion orthodoxe
dans le cadre d'une Gestion par la Valeur. Peut-on pour autant en faire
un outil de gestion ? Peut-on se fixer un objectif de FTD ? NON !
A la rigueur, on pourrait se fixer un objectif de REMIC. Or comment le
faire sans référence à une progression dans le temps
et surtout aux Capitaux Investis et au coût du capital, pour s'assurer
que l'objectif fixé ou le niveau réellement atteint est
bien suffisant ? Ce qui revient à parler de Profit Economique positif
ou en amélioration.
Par contre, on ne peut se régir en fonction du seul FTD. Car, même
avec un REMIC mauvais en valeur absolue ou en détérioration,
on peut améliorer le FTD. On peut citer divers exemples absurdes
d'une telle situation, soit disant bonne :
- on peut serrer le crédit client à un niveau tel qu'on
rate des ventes pourtant rentables,
- on peut réduire les stocks à un niveau tel qu'on est en
rupture sur des produits intéressants,
- on peut tirer sur les fournisseurs au-delà du raisonnable au
point qu'on dégrade le crédit de l'entreprise auprès
d'organismes tels que D&B en plus des fournisseurs concernés,
- on peut céder des Immos pourtant bien productives,
- on peut hésiter à réaliser des investissements
rentables et donc souhaitables,
- on peut réaliser des investissements superfétatoires ou
faiblement rentables dans le seul but d'épuiser une autorisation
budgétaire,
- etc.
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Pour s'assurer que tous ces
cas absurdes ne se produisent pas, il faudrait considérer parallèlement
au FTD toute une série d'autres indicateurs alourdissant considérablement
le reporting et le contrôle de gestion.
De plus, on ne pourrait envisager de gérer le FTD que dans une
optique multi-période, à l'infini ou du moins sur le très
long terme. En effet, dans une optique mono-période, le FTD d'une
année est un outil ''diachrone'' : il mélange le REMIC d'aujourd'hui,
produit des investissements (?Immos) d'hier avec les investissements d'aujourd'hui
qui produiront le REMIC de demain.
Enfin, gérer le FTD procède d'une régulation par
les quantités : comme vous avez du mal à évaluer
prospectivement la rentabilité des Capitaux Investis et surtout
comme vous appliquez à ceux-ci un coût soit nul soit mal
appréhendé, vous restreignez ces utilisations de capitaux
ex ante. Elle équivaut à d'autres types de régulation
par les quantités que la France a connues : contrôle des
changes (n'empêchant pas de brusques dévaluations épisodiques),
contrôle du crédit et des prix (n'empêchant pas la
croissance de la masse monétaire et l'inflation). Une culture de
méfiance déresponsabilisante aboutissant à des projections
optimistes mais jamais tenues.
Or il est bien connu, qu'en Economie il existe un autre type de régulation
: celle par les prix. Il semble prouvé qu'elle est plus efficace.
Les changes flottants et la libre circulation des capitaux n'ont pas empêché
la création de l'Euro au contraire, la liberté des prix
et d'emprunt ont été accompagnées d'une inflation
quasiment nulle, etc.
Gérer le Profit Economique procède d'une régulation
par les prix : vous avez beaucoup plus de liberté pour investir
des capitaux comme bon vous semble mais ces capitaux vous sont facturés
explicitement et à un niveau élevé (de plus dans
un Système de Gestion par la Valeur complet c'est-à-dire
incluant un volet de rémunérations, vous acceptez qu'une
partie substantielle de votre rémunération soit déterminée
rétrospectivement par la plus ou moins bonne utilisation que vous
ferez de ces capitaux, telle qu'on aura pu la mesurer ex post). Une culture
de confiance incitant à la prise de responsabilités, aboutissant
à des projections conservatrices et systématiquement dépassées.
Le Profit Economique, quant à lui, peut bien être utilisé
comme outil de gestion.
Tout d'abord, l'actualisation au coût du capital des Résultats
Economiques futurs à l'infini donne elle aussi de manière
strictement équivalente la Valeur de l'entreprise (déjà
écrit à de nombreuses reprises dans cette chronique - démonstration
disponible sur demande auprès de l'auteur). Il est donc tout aussi
orthodoxe que les FTD dans une optique de Gestion par la Valeur mais en
revanche il ne souffre pas des défauts des FTD.
Par ailleurs, le Profit Economique est bien un outil mono-période
et totalement synchrone. Le REMIC a été généré
dans l'exercice étudié grâce aux Capitaux Investis
durant le même exercice.
Ensuite, le Profit Economique mesure bien la seule performance intéressante
: avez-vous tiré une rentabilité suffisante des Capitaux
Investis ? Tout projet d'investissement dégageant une rentabilité
supérieure au coût du capital peut et donc doit être
entrepris. Foin de malthusianisme !
Enfin, avoir un PE positif ou en amélioration, équivaut
bien à avoir un FTD sympathique. Soit le REMIC est augmenté
à Capitaux Investis constants, soit les Capitaux Investis sont
diminués à REMIC constant soit des Capitaux Investis insuffisamment
rentables sont libérés par cession.
Abandonnons donc les dieux des anciens panthéons !
Félix BOGLIOLO
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