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CREATION
DE VALEUR ET INTERESSEMENT
Félix BOGLIOLO
N'importe qui est toujours
intéressé à gagner plus plutôt que moins, toutes
choses égales par ailleurs. N'importe qui cherchera à gagner
plus, si cela est en son pouvoir ou ses capacités, en travaillant
mieux. En quoi cela serait-il immoral, si ce gain est négocié
de façon transparente sur des critères économiques
rationnels ? Le Capital devrait donc répondre favorablement à
ce genre d'aspirations en provenance du Travail.
La théorie financière est là pour nous enseigner
qu'une telle augmentation de rémunération doit nécessairement
s'accompagner d'un accroissement de son risque, c'est à dire de
sa volatilité. C'est pour cela que le salaire ne peut être
que relativement bas car il est garanti. Pour augmenter, les rémunérations
doivent impérativement devenir variables.
Seule la performance de l'entreprise mesurée par son Profit Economique
(residual income) pourrait justifier et servir de base à un accroissement
de rémunération du Travail puisque toutes ses caractéristiques
sont déjà correctement évaluées par le salaire.
En tant que mandataire du Capital, le Travail doit accepter ce raisonnement.
Le débat sur la rémunération du Travail n'a donc
de sens qu'en le situant dans le contexte d'une rémunération
totale constituée d'un salaire minimum fixe plus une importante
participation variable au Profit Economique quand il est positif et/ou
à une amélioration de ce résultat quel que soit son
signe. La rémunération du Travail peut et doit augmenter,
pas son salaire. Son salaire devrait peut-être même baisser.
Un aphorisme américain un peu familier dit : " If you give
peanuts, you get monkeys ". Le Capital ne peut souhaiter d'un tel
type de Travail dans 'son' entreprise ? Il n'a donc aucun inconvénient
à octroyer des niveaux élevés de rémunération
pourvu qu'ils soient basés sur le Profit Economique. Ainsi la rémunération
du Travail ne constitue pas un coût mais une répartition
variable des résultats d'une performance qui assure au préalable
une juste rémunération fixe au Capital. A propos d'un tel
système, le meilleur qualificatif n'est pas bonus ou prime, ni
même rémunération variable incitative, ni encore participation
ou intéressement au résultat, mais plutôt participation
ou intéressement à la Création de Valeur.
La Création de valeur permet donc d'appliquer la philosophie d'origine
de la participation des travailleurs aux fruits de l'expansion de leur
entreprise. La Création de valeur autorise ainsi des avancées
sociales sous forme de rémunérations élevées,
justifiées par la performance économique.
La formule légale actuelle de la réserve spéciale
de participation est :
RSP = (Salaires/2*Valeur Ajoutée)*(Bénéfice Net-5%*Capitaux
Propres).
Cette formule comporte une série de limitations liées notamment
au plafond de la Sécurité Sociale.
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Comme la formule de l'intéressement
est libre (contrairement à celle de la participation), pour appliquer
le système évoqué ici, il suffit d'appliquer la formule
suivante :
Intéressement = Taux de distribution*(Résultat Opérationnel-Coût
du Capital*Actif Economique).
Cette formule ne comporte aucune limite, c'est-à-dire qu'au-delà
des limites imposées par la réglementation, cette rémunération
est soumise à cotisations sociales et ce coût doit être
pris en considération pour déterminer le Taux de distribution).
La formule légale actuelle
présente de nombreuses similitudes avec la nouvelle formule. Cependant
ses défauts sont corrigés : le véritable Profit Economique
est utilisé plutôt que de se référer à
des notions comptables ; la totalité du Capital engagé dans
le processus de production est considéré plutôt que
les seuls actionnaires limitant ainsi les risques de 'jeu' via le levier
d'endettement ; le coût du capital correspond aux conditions réelles
du moment, du secteur et de l'entreprise plutôt qu'un 5% arbitraire
; la clé de répartition est le résultat de la libre
négociation des acteurs en présence plutôt qu'une
proportion figée et identique pour toutes les entreprises ; les
montants ne sont pas limités.
Loin de nous l'idée que nous autres latins travaillerions pour
l'argent et que le fait de pouvoir gagner plus nous inciterait éventuellement
à travailler plus ou mieux ! Mais, en revanche, il est bien dans
notre culture de justice sociale que le Travail tire le bon retour d'un
surcroît de Profit Economique, généré grâce
à son talent, via une fraction équitable de celui-ci. De
facto, le coût du Travail est ainsi rendu flexible, repoussant d'autant
la nécessité d'une régulation de ce facteur de production
par les quantités (licenciements ou durée du travail).
Ce ne sont pas seulement des entreprises anglo-saxonnes telles Microsoft
qui pratiquent cette idéologie, mais aussi des entreprises bien
françaises telles SEB (34000 F de bonus par an et par salarié
en moyenne sur ces dernières années) et d'autres. Dans une
telle philosophie, le Travail, à tous les niveaux, doit souhaiter
la performance de l'entreprise puisqu'il en retirera le juste bénéfice
à titre personnel, particulièrement pour sa rémunération.
Vue ainsi la Création de Valeur découlant du Profit Economique
n'est pas l'expression d'un quelconque antagonisme entre les deux facteurs
de production : Capital et Travail. Au contraire, elle est la manière
d'aligner leurs intérêts durablement. Le Travail est ainsi
induit à adopter un comportement de propriétaire car il
en a le profil de rémunération.
En dépit de la croyance généralement répandue,
les stock-options ne répondent pas à la préoccupation
de motivation du Travail. Et ce pour quatre raisons qui peuvent éventuellement
être astucieusement corrigées :
- la performance globale de l'entreprise est trop éloignée
du travail d'une personne donnée hormis le PDG qui est le seul
à avoir la responsabilité globale. Ainsi une personne pourra
être tentée de se reposer sur ses collègues pour assurer
la bonne marche de l'entreprise et toucher le fruit du travail des autres.
- la valeur de l'entreprise est un concept externe que beaucoup de personnes
ont encore du mal à corréler à des leviers internes
à l'entreprise et donc concrètement en leur pouvoir. Ces
personnes resteront perplexes devant ces stock-options : que puis-je faire
pour les valoriser ?
- les stocks-options sont le plus souvent données plutôt
qu'achetées. Elles n'ont donc aucune valeur pour la personne qui
les reçoit. Si elles valent quelque chose, tant mieux c'est toujours
cela de gagné ; si elles ne valent rien, tant pis cela n'est pas
grave : elles ne m'ont rien coûté !
- leur prix d'exercice est souvent inférieur au cours du moment.
Le Travail n'a donc aucune incitation à créer de la valeur.
Il sera gagnant même si le cours ne progresse pas. Ces options constituent
donc un très mauvais signal pour le Capital. Le Travail sera récompensé
alors même que le Capital sera perdant.
C'est pour cela qu'un système
basé sur le Profit Economique permet de créer chez le Travail
une mentalité plus conforme aux objectifs du Capital en suscitant
la motivation adéquate.
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